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Sandrine Crispel : “L’accompagnement personnalisé plutôt que le cours magistral.”

SANDRINE CRISPEL, responsable de la filière communication à l’ISCAE, nous présente sa conception de la pédagogie inversée. 

POUVEZ-VOUS M’EN DIRE PLUS SUR LE BTS COMMUNICATION ?
En tant que professionnelle de la communication, j’affectionne ce diplôme parce qu’il vous donnera une approche globale des métiers de la communication. Vous allez travailler l’ensemble des fondamentaux : psychologie de la communication, culture générale et culture publicitaire, approche sociale et psychosociologique, etc. Et néanmoins, vous allez avoir une formation très pratique avec des enseignements dédiés à la gestion de projet et à la relation client. Après l’obtention du diplôme, vous serez donc en mesure d’intégrer une entreprise ou une agence.

QU’ENTENDEZ-VOUS EXACTEMENT PAR FORMATION PRATIQUE ?
Plusieurs choses ! Tout d’abord, si vous choisissez un établissement qui propose le BTS Communication en alternance, vous allez pouvoir travailler dès votre première semaine de cours. Pendant toute la durée de votre formation, vous serez ainsi deux jours à l’école et le reste de la semaine en entreprise. Il est vrai qu’il n’est pas facile à 18 ans, sans expérience, de convaincre un recruteur de vous embaucher… Heureusement, le référentiel du diplôme vous oblige à réaliser un stage de 8 semaines minimum en première et deuxième année.
À l’ISCAE, nous fonctionnons avec un rythme alterné donc nous encourageons les étudiants à trouver un stage long ou à faire plusieurs stages de 8 semaines.
C’est ainsi que nos jeunes se forgent leur expérience et capitalisent de nombreuses compétences pour ensuite trouver l’alternance en deuxième année.
Autre particularité, nous complétons cette formation pratique par la formation par la pratique. Je m’explique : l’ISCAE a intégré la pédagogie inversée pour ses cursus bachelors et mastères. Mais avant même que ce soit définitivement instauré dans notre établissement, nous avions déjà mis en place une sorte de pédagogie inversée auprès des classes de BTS Communication.

POUVEZ-VOUS PRÉCISER ?
Oui, je vais commencer par vous expliquer le terme “pédagogie inversée”.
La pédagogie inversée consiste à inciter l’élève à étudier les notions des différentes matières seul chez lui, par le biais de plusieurs outils : ouvrages, tutoriels, vidéos, émissions, fiches de cours…Il arrive en classe en ayant acquis par lui-même un certain nombre de connaissances. Les notions non comprises font alors l’objet de questions et le professeur apporte les réponses en favorisant l’apprentissage par la pratique et le travail en équipe.
Le professeur met de côté le cours magistral au profit de l’accompagnement personnalisé.

INTÉRESSANT… COMMENT, DONC, EN ÊTES-VOUS VENUE À L’APPLIQUER AU BTS COMMUNICATION ?
Diplômée d’un mastère professionnel en communication, je suis à la base titulaire d’un DUT Information et Communication. J’ai obtenu ce diplôme à l’IUT de Sophia-Antipolis en 1994. L’établissement venait d’ouvrir ses portes et pour l’époque, la pédagogie était un peu hors norme !
Les professeurs étaient tous des professionnels. Nous n’avions que très peu de cours magistraux. Nous travaillions surtout sur des projets. Les enseignants nous donnaient juste les notions de base et nous devions nous débrouiller seuls. Ils nous évaluaient en fonction des travaux rendus. Cette expérience a été l’une des plus riches de ma carrière.
Diplôme en poche, j’ai pu sans problème intégrer une première entreprise avec à mon actif une capacité à pouvoir faire face aux difficultés, à continuer à apprendre par moi-même, à gérer plusieurs projets de front et à m’adapter à tous types de structures. Quand l’ISCAE m’a proposé de prendre en charge les matières professionnelles du BTS Communication, j’ai eu envie d’adopter une méthode d’enseignement similaire à celle que j’avais expérimentée. Nous en avons parlé avec la direction et nous avons décidé de donner une grande place à l’enseignement par projet.

EN QUOI EST-CE DE LA PÉDAGOGIE INVERSÉE ?
C’est une des formes de la pédagogie inversée. Cela se passe ainsi : je recueille une demande réelle de la part d’une entreprise partenaire et je lance le projet auprès de ma classe. Les étudiants constituent des groupes de travail. Ils se mettent en mode “agence de com”. Avec mes collègues, nous les aidons et nous apportons les connaissances nécessaires en fonction du contenu du projet.
Les groupes rendent ensuite leurs travaux à l’entreprise et peuvent recueillir un feedback qui a d’ailleurs beaucoup plus de valeur que la note que nous pouvons leur attribuer ! Ils apprennent ainsi à chercher de l’information, à travailler en équipe, à relever des défis, à tenir des délais, à s’organiser et à accepter la critique…
Cela leur permet en plus de valider les compétences exigées pour les dossiers d’examens et de compléter leur CV. Je choisis les projets en fonction de l’avancée du programme. Ils peuvent travailler sur de la stratégie, de l’événementiel, de la création…

MAIS NE FAUT-IL PAS QUAND MÊME AVOIR SUIVI CERTAINS COURS POUR ARRIVER À GÉRER UN VRAI PROJET ?
Non !!! Nous commençons cela dès le premier jour de la rentrée. Cela surprend les étudiants, c’est certain.
Notre rôle est alors de les rassurer et de les coacher. Pour débuter, je choisis en général un projet qui va leur apporter les bases du métier. En cinq ans d’exercice à l’ISCAE, je n’ai eu que de bons retours de la part des professionnels. Les étudiants sont très satisfaits car ils ont rapidement une approche très concrète. Puis, une fois que le projet est rendu, je les aide à prendre conscience de tout ce qu’ils ont appris grâce à l’expérience vécue. Ils en tirent forcément une fierté personnelle.
Notamment si la demande est complexe, cela les pousse à se surpasser et à faire appel à des ressources qu’ils ne pensaient peut-être pas avoir.

QUELS SONT LES PROJETS QUE VOUS AVEZ LANCÉS DEPUIS OCTOBRE ?
Nous avons commencé par un projet de communication globale pour un salon qui aura lieu en novembre 2017. Il s’agit du salon des Parents Parfaitement Imparfaits, rencontre dédiée à la parentalité et à l’écocitoyenneté.
Les étudiants ont travaillé sur la stratégie de communication, le plan de communication, la refonte de l’identité visuelle et la création de principaux supports pour lesquels ils ont réalisé euxmêmes les shootings.
Ensuite, nous avons pris en charge la demande d’un nouveau show-room de Haute Parfumerie, Parfum et Vous. Le show-room vient d’ouvrir à Nice et à besoin de se faire connaître. Nos BTS ont donc analysé les besoins et sont en train de proposer tous les visuels. Pour ces deux projets, de très belles choses sont sorties et des talents se sont vraiment révélés.
Nous avons également participé aux Entreprenariales, événement organisé par l’UPE06. En général, les mastères gèrent les actions que nous conduisons.
Cette année, les BTS Communication ont souhaité s’associer à l’événement et sont venus en renfort de leurs aînés. C’est également très intéressant de pouvoir décloisonner les classes. De belles interactions se créent et cela renforcent les liens entre les étudiants de la filière communication.

LA PÉDAGOGIE INVERSÉE A-T-ELLE MALGRÉ TOUT DES LIMITES ?
Par expérience, les difficultés rencontrées se concentrent essentiellement sur la gestion du temps. En effet, les étudiants ne sont là que deux jours par semaine…
Mais cela nous donne un challenge supplémentaire. Ensuite, certains jeunes ont besoin de plus de repères. En sortant tout juste d’un système éducatif classique, la pédagogie inversée peut démotiver.
Nos BTS continuent malgré tout à avoir des cours magistraux sur les matières générales. Ils acceptent mieux le bouleversement s’il s’opère sur les matières professionnelles. De plus, je ne supprime pas totalement les méthodes plus académiques. Lorsque le projet se termine, je déploie mon cours et je valide avec eux l’acquisition des savoirs.
Je les entraîne de façon plus scolaire aux épreuves de l’examen puisque je rappelle quand même que nous sommes sur un diplôme d’Etat donc nous sommes tenus de bien les préparer aux exigences du BTS.
Toutefois, ce diplôme ouvre les portes du marché de l’emploi. Ma priorité est donc de former de vrais professionnels compétents et opérationnels. Et sur ce dernier point, la pédagogie inversée me paraît être la méthode d’enseignement la plus appropriée.